Il attendait l'offensive des juges dans le dossier Bettencourt, mais c'est finalement Karachi qui le rattrape en premier. Il aura fallu à peine 48 heures pour que Nicolas Sarkozy, désormais privé d'immunité présidentielle, fasse l'objet d'une plainte dans le cadre de ces affaires qui le menacent. Six familles de victimes de l'attentat de Karachi ont porté plainte, lundi 18 juin, contre l'ex-chef de l'Etat pour violation du secret de l'instruction.
En cause, un communiqué de l'Elysée publié en septembre dernier, peu après les mises en examen de Thierry Gaubert et Nicolas Bazire, deux proches du président de l'époque, dans le volet financier de l'affaire. "S'agissant de l'affaire dite de Karachi, le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier. […] Il n'a jamais été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier", indiquait le texte.
"Un appel à l'indépendance de la justice"
"Nicolas Sarkozy sous-entend qu'il a eu accès au dossier alors qu'il en avait pas le droit", souligne Sandrine Leclerc, une des porte-parole des familles de victimes de l'attentat qui a tué 11 salariés de la Direction des constructions navales (DCN) le 8 mai 2002 au Pakistan. La jeune femme brune donnait en fin de matinée une conférence de presse aux côtés d'Olivier Morice, l'avocat des familles qui a déposé la plainte devant le doyen des juges d'instruction de Paris. "Le 18 juin nous a semblé un jour magnifique : le jour d'un appel, et cette plainte est un appel à l'indépendance de la justice", a poursuivi l'avocat dans son cabinet du 7e arrondissement. Et de renchérir : "Avec ce communiqué, on est bien loin de la République irréprochable voulue par Nicolas Sarkozy."
La plainte avec constitution de partie civile vise également l'ex-ministre Brice Hortefeux et l'ancien conseiller presse de l'ex-chef de l'Etat, Franck Louvrier. Une première plainte avait été déposée par les familles pour ce même communiqué de l'Elysée, mais elle avait été classée sans suite en janvier par le procureur de Paris, qui avait estimé que l'ouverture d'une enquête aurait violé le principe constitutionnel de l'inviolabilité du président de la République.
"Au coeur de la corruption"
Cette première plainte déposée contre Nicolas Sarkozy dans le cadre de l'affaire Karachi pourrait bien n'être qu'un avant-goût. Contrairement à ce qu'affirme le fameux communiqué de l'Elysée, son nom apparaît bien dans le volet financier du dossier. Les juges Van Ruymbeke et Le Loire enquêtent sur un possible financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 par le biais de rétrocommissions versées dans le cadre de contrats d'armement avec le Pakistan et l'Arabie saoudite, l'arrêt de leur versement ayant peut-être provoqué l'attentat de Karachi.
Porte-parole de campagne d'Edouard en 1995, Nicolas Sarkozy était aussi son ministre du Budget à l'époque où les contrats ont été signés. Il a à ce titre supervisé la création de la société off shore Heine, qui a servi au paiement des commissions liées à ces derniers. "Nicolas Sarkozy était au coeur du système de corruption mis en place en marge des contrats avec le Pakistan", a terminé Olivier Morice. "Il doit des explications à la justice, et ne peut plus se réfugier dans une posture d'indignation."
Source : tempsreel.nouvelobs.com
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