Enfin une bonne nouvelle, décidément l'AfD rebat les cartes. Sur les deux gazoducs détruits par les Américains ou les Ukrainiens sur ordre de Washington, il reste d'ores et déjà un petit gazoduc intact qui pourrait nous livrer du gaz, espérons que ces négociations aboutissent. Alors que l'Europe subit de plein fouet une nouvelle envolée du prix de l'énergie, Moscou remet sur la table la remise en service de Nord Stream 2. Malgré les vifs refus du gouvernement allemand et des Verts qui dénoncent une « trahison », le parti d'opposition AfD multiplie les démarches auprès de Gazprom et du Kremlin pour rétablir les approvisionnements en gaz naturel russe. Entre poursuites judiciaires suite au sabotage de 2022 et conditions posées autour d'un accord de paix en Ukraine, la souveraineté énergétique européenne se trouve à un tournant décisif.

Kirill Dmitriev (c) DR
L’Allemagne et la Russie pourraient rouvrir conjointement le gazoduc Nord Stream. Si la déclaration, faite par l’envoyé de Vladimir Poutine, paraît peu probable avec ce gouvernement allemand, Moscou, affirme que le gazoduc pourrait être mis en service en quelques mois, en misant sur une victoire de l’AfD. Le parti, désormais principale force d’opposition en Allemagne, mènerait bientôt des discussions et plaide ouvertement pour une remise en service dans un contexte de crise énergétique aggravée par la guerre en Iran.
Avant l’invasion de l’Ukraine en 2022, l’Allemagne dépendait largement de l’énergie russe. En 2021, la Russie fournissait environ 34 % du pétrole brut importé par le pays et 55 % de son gaz naturel, avant une baisse à 35% dès avril 2022, selon les chiffres publiés par le gouvernement allemand. Berlin a ensuite entrepris de réduire cette dépendance, tandis que l’Union européenne adoptait des sanctions contre Moscou.
Un “désastre”, une “trahison” pour la coalition au pouvoir
Fin septembre 2022, des explosions sous-marines ont endommagé trois des quatre conduites des gazoducs Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique. Si Nord Stream 1 avait servi à acheminer du gaz russe vers l’Allemagne, Nord Stream 2, à l’opposé, avait été achevé mais dépourvu d’autorisation d’exploitation et n’avait jamais été mis en service.
Après de nombreux mois d’accusations mutuelles et d’investigations de la part de plusieurs pays, seule l’enquête allemande se poursuit près de quatre ans après le sabotage. En juillet, la justice a mis en accusation un ressortissant ukrainien, Serhii K., soupçonné d’avoir coordonné l'opération. Un second suspect ukrainien, Vladimir Z., recherché par l’Allemagne, a été arrêté en Croatie en août. La justice croate a autorisé son extradition en septembre, mais sa défense a annoncé un recours.
Si la justice allemande entend poursuivre son instruction et inculper les personnes impliquées dans ce qui est considéré comme un acte de sabotage ou de terrorisme, selon les différentes parties concernées, Berlin semble tout de même écarter toute éventualité d’une remise en service. C’est du moins l’opposition de l’actuel gouvernement et du chancelier Friedrich Merz, qui avait déclaré que l’Allemagne ferait “tout ce qui est en son pouvoir” pour empêcher la mise en service de Nord Stream 2.
Un tel projet suscite toujours de la résistance, non seulement dans la coalition au pouvoir mais également chez des écologistes. “L’Allemagne ne peut pas redevenir dépendante de la Russie”, a déclaré à Reuters Michael Kellner, député des Verts chargé de la politique énergétique allemande au gouvernement lors de la crise de 2022. "Nous ne pouvons pas répéter les erreurs de la crise énergétique (...) Elle nous a coûté 50 milliards d'euros. Nous ne pouvons pas vouloir y retourner. Ce serait de la trahison. Poutine instrumentalise l'AfD à ses propres fins", a-t-il ajouté.
Un tel scénario suscite par la même occasion l’opposition de pays voisins, comme la Pologne. Roderich Kiesewetter, député du parti démocrate-chrétien (CDU) du chancelier Friedrich Merz, a de son côté accusé "la Russie d’utiliser l’énergie, notamment Nord Stream, comme une arme hybride à des fins militaires". Le député a même accusé l’AfD d’être “du côté de la Russie, prête à trahir à la fois l’Ukraine et l’Allemagne", jugeant une réouverture de Nord Stream de “désastre pour la sécurité européenne et isolerait l’Allemagne".
L’AfD veut un gaz moins cher. Avec un accord-cadre de paix ?
Mais le débat est relancé. Avec les différentes victoires de l’AfD aux précédentes élections locales, confirmant la déroute des partis de la coalition, une remise en service de Nord Stream n’apparaît plus impensable. En outre, la nouvelle flambée des prix de l’énergie liée à la guerre en Iran change la donne et ce, malgré les mesures prises par Berlin pour baisser les taxes sur l’essence et le gazole. Mi-septembre, le prix de référence du gaz en Europe atteignait 81 euros par mégawattheure, soit une hausse de 150% sur un an, selon Reuters.
L’AfD défend ainsi un retour des achats de gaz russe. D’ailleurs, ses dirigeants préparent une rencontre avec l’émissaire économique de Vladimir Poutine, Kirill Dmitriev, pour discuter d’une reprise des livraisons. Cette rencontre, envisagée pour 2027 et révélée par l’agence de presse britannique, n’a pas été confirmée publiquement par les intéressés.
En avril dernier, l’AfD a demandé au Bundestag de permettre la mise en service de Nord Stream 2. L’un des cadres du parti a rencontré, au mois de juin, Alexeï Miller, PDG de Gazprom, au siège du groupe russe à Saint-Pétersbourg. Selon le patron de Gazprom, les livraisons vers l’Allemagne pourraient techniquement reprendre en seulement trois mois en cas d'accord avec Berlin.
Reuters croit savoir que Kirill Dmitriev, proche conseiller de Poutine et directeur du fonds souverain russe, ainsi que les co-dirigeants de l'AfD, Alice Weidel et Tino Chrupalla, ont entamé des préparatifs pour une réunion début 2027. Une condition a toutefois été fixée selon une personne proche du dossier et citée par l’agence britannique : la réunion n'aurait lieu que si un accord-cadre de paix était préalablement conclu entre la Russie et l'Ukraine.
Sans confirmer l’existence de discussions, Kirill Dmitriev a confirmé qu'une remise en service de Nord Stream 2 était sur la table. “Tout cela est vrai. Ensemble, nous rouvrirons Nord Stream. L’AfD est la voix du peuple allemand qui lutte pour la souveraineté énergétique, la prospérité, la paix et la coopération de l’Allemagne”, a-t-il écrit dans un post X.
Il réagissait à un post X fait par Tino Chrupalla, qui proposait de mener une enquête internationale sur le sabotage des gazoducs Nord Stream et Nord Stream 2 et insistait également sur le fait que les deux gazoducs soient réparés et rouverts.
Source : Francesoir.fr
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